France : Patrick Lihau, un Congolais de la diaspora, décède des suites du Coronavirus

Patrick Lihau, infirmier en psychiatrie, mari et père de trois enfants, est mort chez lui, jeudi dernier. Il était président du club de karaté de Gretz-Tournan en Seine-et-Marne (Région d’île-de-France). Ses proches et les associations sportives sont sous le choc.

Époux et père de trois enfants, Patrick Lihau est l’une des premières victimes du Covid-19 en Seine-et-Marne. Il est décédé jeudi dernier, alors qu’il n’avait que 44 ans. Cet infirmier en psychiatrie, habitant de Serris, était aussi le président du club de vovinam viet vo dao – un art martial vietnamien – de Gretz-Tournan.

« C’était le moteur du club. Patrick était quelqu’un de fédérateur pour un groupe. Il était très humain. Il donnait tout pour notre club et faisait en sorte que ses élèves réussissent », se souvient Pierre, trésorier du club Bay long, avec qui Patrick Lihau donnait des cours.

« On ne peut pas lui dire au revoir »

C’est au club de viet vo dao de Noisiel, que Patrick Lihau avait rencontré dans sa jeunesse Sébastien, un ami de longue date devenu un proche de la famille. « C’était un papa exemplaire, raconte-t-il. Ma fille est un peu plus jeune que son aînée et il m’a inspiré. Il était ultra-présent. Ses deux grandes filles font aussi du viet vo dao. Il était très impliqué dans la vie associative et il était unanimement apprécié. »

« Même encore aujourd’hui, j’ai du mal à réaliser, reprend Pierre. C’est quelque chose d’irréel. Nous sommes bloqués chez nous et nous apprenons ces choses horribles. On ne peut pas le voir, ni lui, ni sa famille. On ne peut pas lui dire au revoir. C’est une situation d’impuissance. Je ressens une profonde tristesse. »

Des élèves aux Championnats du monde

Patrick Lihau, d’origine congolaise, habitait plus jeune à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Il avait ensuite vécu à Bussy-Saint-Georges avant de s’installer à Serris. « Il était passé aussi par le club d’Ozoir-la-Ferrière, où nous nous sommes rencontrés il y a 17 ans, détaille Pierre. Puis il a été professeur à Chevry-Cossigny et nous avons repris la gestion du club de Gretz-Tournan. »

Le club Bay long, l’une des dix-huit sections du Sporting club de Gretz-Tournan, compte une trentaine d’élèves. Patrick donnait bénévolement des cours à toutes les tranches d’âge, des enfants à partir de 3 ans jusqu’aux adultes. « Certains de ses élèves sont devenus champions de France. Il avait lui même fait beaucoup de compétitions, il a gagné beaucoup de médailles », fait observer le trésorier du club.

« Juste avant les vacances de février, il avait organisé une rencontre avec la section karaté pour faire goûter les élèves à d’autres disciplines », se remémore Jean-Jacques Fiot, président du Sporting club de Gretz-Tournan. Patrick Lihau s’était jadis beaucoup investi pour les galas d’arts martiaux et il aurait aimé que ces derniers renaissent.

24 heures de fièvre

« D’après tous ceux qui le connaissaient, c’était un homme très sympathique, jovial, souriant, très attachant, charismatique. Il rendait beaucoup de services et allait au-devant des gens pour participer et apporter son aide », rapporte Jean-Paul Garcia, le maire (DVC) de Gretz-Armainvilliers. « Un de ses collègues de la section karaté l’avait eu au téléphone une semaine plus tôt et il ne lui avait pas fait part de problèmes particuliers », ajoute-t-il.

Pourtant Patrick Lihau souffrait d’ une faiblesse immunitaire, rapportent ses proches. Il travaillait dans une unité de psychiatrie pour adolescents à l’hôpital André-Grégoire de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Une unité touchée, comme partout, par la pénurie de masques et de gants. Le quadragénaire avait travaillé jusqu’au vendredi 13 mars et depuis, il était en repos.

« Mercredi matin, il a commencé à avoir de la fièvre. Il est décédé à son domicile le jeudi matin, après seulement 24 heures. Il n’a pas voulu surréagir. Il surveillait sa température et se disait que si elle ne redescendait pas le jeudi, il appellerait le numéro vert pour le Covid-19. Entre les cas réels et les statistiques, je crois qu’il y a un gros décalage », estime Sébastien.

Une cagnotte pour aider au financement des obsèques

C’est le médecin légiste qui a diagnostiqué la maladie. « Toute la procédure pour le Covid-19 a été appliquée. La famille n’a pas pu voir le corps. Sa femme et ses trois filles sont confinées pendant quatorze jours et doivent prendre leur température deux fois par jour. Elles ne peuvent pas aller aux obsèques. On ne sait pas quand celles-ci auront lieu et combien de personnes pourront y assister », regrette-t-il.

Les associations sportives réfléchissent avec ses proches pour lui rendre un véritable hommage, une fois les mesures de confinement levées. En attendant, une cagnotte Leetchi a été mise en ligne par Sébastien pour « apporter une aide financière à sa famille pour l’organisation des obsèques ». Ce mardi matin, 96 personnes avaient participé et plus de 6800 euros étaient collectés. « On attend des jours meilleurs pour lui rendre hommage », conclut Pierre.

Le Parisien /provinces26rdc.net

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