RDC : des hommes arrêtés pour vol des câbles en cuivre sur le site des barrages d’Inga

Le dernier cas date de la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 décembre au site d’Inga. Un père de famille de 6 enfants, originaire de Matadi, la quarantaine révolue, habitant le quartier appelé camp Kinshasa, dans la cité d’Inga, a été attrapé après avoir sectionné près de 300 mètres de câble qui servent d’interface entre les deux centrales d’Inga (Inga 1 et Inga 2), les postes de dispersion et la station de conversion d’Inga (SCI). La situation a causé l’arrêt de deux machines (G11 et G15) et une perte de plus de 100 MW plongeant ainsi le Kongo Central et une partie de Kinshasa dans le noir, durant plus de 24 heures. 

Le vol des câbles en cuivre de la Société Nationale de électricité  (SNEL) est devenu monnaie courante au pays. Deux cas ont été enregistrés en moins d’un mois, cette fois-ci sur le site des barrages d’Inga (Kongo Central), ce qui est une première depuis l’inauguration de cet ouvrage  important de l’Etat en 1972. Des malfrats, présumés auteurs de vol de ces câbles ont été appréhendés et mis à la disposition de la justice, alors que d’autres suspects en cavale sont recherchés par les services de sécurité.

« Lorsqu’ils coupent le câble, le premier groupe déclenche. Nous faisons ensemble les recherches du défaut, l’équipe de la centrale et celle de la dispersion, et nous nous rendons compte qu’il y a des signaux qui sont émis au poste qui doivent être réceptionnés à la centrale mais cette dernière ne les voit pas. L’analyse de différentes protections qui ont amené aux déclenchements, nous montre le fait d’avoir plusieurs protections qui sortent au même moment nous conduit à voir l’élément commun entre ces différentes protections qui est un câble de protection. Pendant que nous investiguons pour comprendre la panne du premier groupe, le deuxième groupe déclenche à son tour. On tente de le remettre, l’ordre de l’enclenchement part de la centrale, il est censé arriver au poste pour enclencher le groupe mais le groupe n’enclenche toujours pas. Alors nous nous lançons aussi dans une autre investigation sur cet autre groupe et des indices comme ça nous permettent de pressentir qu’il y a quelque chose avec le câble. On envoie une patrouille pour vérifier la galerie des câbles et on trouve une dalle de côté avec des câbles remués et, plus loin, on trouve un câble carrément enroulé et déposé de côté. Sûrement, comme c’était la nuit, les malfaiteurs ont pu probablement remarquer les torches, ils ont laissé leur butin et ils ont fui », raconte le chef de division de la ligne Bas-Fleuvre, Lumbala Mpata.

Inga
Les câbles d’interface coupés par les malfrats.

Le déclenchement de la première machine a eu lieu à 20h locale et la seconde une heure après. La remise en service de deux groupes est intervenue le jour d’après respectivement à  21h locale et 22h après avoir placé des câbles de réserve. 3 dimensions de câbles ont été coupées, celle de 10 conducteurs section 2 demi, 5 conducteurs section 4 carré et 4 conducteurs section 4 carré. Ces câbles ont été récupérés mais n’ont pas été replacés pour éviter le circuit incontournable.

« Il a dû utiliser une cisaille isolée. Ce sont des câbles d’interface qui donnent les informations entre les deux centrales et le poste et puis la station de conversion d’Inga et le poste. La SNEL a mis en place un système de protection. Il suffit d’un petit problème, les machines s’arrêtent. Maintenant, nous allons prendre de disposition au niveau de la galerie des câbles. On peut soit éclairer soit mettre des guérites pour le service de gardiennage en permanence », dit le directeur de production ouest d’Inga ai, Richard Ngity Tibasima.

L’une des machines du barrage Inga 1.

Deux autres présumés voleurs sont incarcérés à Matadi. Ils sont accusés d’avoir volé plus de 100 mètres de câble du circuit rejet dans la nuit du 11 novembre. Faute de fonctionnement de ce circuit, la partie ouest et du sud du pays avait connu une coupure générale, le 15 novembre, après que toutes les machines se sont arrêtées alors que seules 3 machines (2 à Inga 1 et 1 à Inga 2) devraient l’être à la suite d’un défaut venant de la Ligne Kolwezi (Grand Katanga).

« Le défaut était venu du Katanga. Quand ils ont coupé le câble, au lieu que le système de rejet fonctionne, il y a eu un déséquilibre. Les machines ont commencé à produire plus, c’est pour cela que nous sommes allés en black out (coupure générale, ndlr). Toutes les machines ont déclenché. C’est le système de rejet qui ordonne à la machine de quitter pour rétablir l’équilibre entre la consommation et la production quand il y a plein de charge au niveau du réseau. Quand la production est supérieure à la consommation c’est mauvais puisque la fréquence va augmenter. Alors on a mis ce système de protection pour stabiliser le système électrique pour que toutes les machines ne puissent pas quitter et provoquer le black out. Ce jour là, le système n’a pas fonctionné. Lorsque la fréquence monte à 53 hertz, il y a un ordre qui va venir de la station de conversion d’Inga puisque le système de contrôle de fréquence est installé là-bas. Cette information vient à travers les câbles qui sont logés dans le caniveau de la galerie à câbles mais, comme c’était sectionné, les machines n’ont pas eu cet ordre là, la fréquence a continué à monter puisque les machines après le seuil de 53 hertz, elles sont sur le seuil de 56 hertz. Elles ont commencé à quitter puisqu’il y a eu beaucoup de charges sur le réseau. Si ces câbles n’étaient pas sectionnés, l’information allait venir et au même moment deux machines d’Inga 1 et l’autre d’Inga 2 n’allaient plus fournir l’énergie, là maintenant le système électrique allait être stabilisé. On ne peut pas alimenter les clients avec une fréquence au-dessus de 50 hertz. Il y a des inconvénients. Cela peut détruire les appareils. Même dans les hôpitaux, les gens peuvent mourir. C’est pourquoi, dès qu’on dépasse 50 hertz, il faut chercher vite à rétablir le 50 hertz », explique  le directeur de production ouest d’Inga ai, Richard Ngity Tibasima.

Les groupes du barrage d’Inga 1.

Les techniciens ont usé des câbles de réserve pour rétablir la situation, le jour suivant.

« Le câble de rejet est un mécanisme mis en place pour créer une certaine stabilité quand on connaît quelque perturbation au niveau du réseau SNEL. Le réseau est interconnecté, de la production à la consommation. L’équilibre est géré par ce qu’on appelle paramètre du réseau. S’il y a une perte de charge quelque part, par exemple pour ce cas, le convertisseur a déclenché par un défaut venant de loin d’Inga. En principe, le rôle que devrait jouer le câble c’était un système installé au niveau de la station de conversion, un système automatique géré par un logiciel qui envoie automatiquement un ordre de déclenchement des groupes au niveau des productions, que ça soit à Inga 1 ou Inga 2, selon la charge et le nombre des groupes qu’on aurait sélectionné. A la station de conversion d’Inga, nous transitons pratiquement 485 MW. C’est vraiment une charge énorme et, si d’un coup vous retirez cette charge du réseau, ça crée un déséquilibre total. Les groupes au niveau du central ont tendance à aller en surfréquence », renchérit le chef de la maintenance de la station de conversion d’Inga, Dieu Mfulambongo.

Le caniveau de la galerie des câbles d’interfaces.

La Société Nationale d’Electricité (SNEL) est, depuis plus de 6 années, victime des cas de vol à répétition de ces câbles en cuivre pur sur plusieurs lignes haute tension notamment Fungurume-Likasi et Likasi-Lubumbashi (provinces du Haut-Katanga et Lualaba).  Ce « véritable fléau » est qualifié de « crime socio-économique » par la SNEL. Plus de 2800 mètres ont été emportés durant cette période et une dizaine de pylônes fondus par les malfrats pour bien mener leurs opérations sur ces lignes de la partie sud. L’entreprise a évalué à plus de 26 millions de dollars investis pour parvenir à la réparation. Jusque début août, plus 1200 mètres de câble en aluminium ont été remplacés. Pour les cas des vols enregistrés au mois de juillet, deux Congolais et un sujet chinois étaient impliqués. Ils sont soupçonnés de collaborer avec les miniers. L’armée et la police ont été mises en contribution pour sécuriser ces zones.

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