RDC : le FCC plaiderait pour la mise en place d’un gouvernement de transition.

Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle du 30 décembre 2018, peut jubiler. Son discours sur la « vérité des urnes » a trouvé du répondant auprès du FCC, partenaire de CACH à la coalition. A entendre Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga et Henri Mova, tous cadres du PPRD, le FCC plaiderait pour la mise en place d’un gouvernement de transition, les résultats de la présidentielle ayant été tronqués.

Depuis sa matinée politique de Lubumbashi, le PPRD, parti phare du FCC (Front commun pour le Congo) continue à déployer son artillerie politique. C’est son secrétaire permanent, Emmanuel Ramazani Shadary, 3ème à la présidentielle du 30 décembre 2018 qui a ouvert le bal, avant que d’autres ténors du PPRD ne lui emboitent le pas. Si à chaque déclaration incendiaire, le PPRD prend par la suite le temps de se justifier pour clarifier sa position, il faut reconnaitre qu’il n’y a jamais de fumée sans feu, comme le rappelle une vieille sagesse.

Une chose est sûre : entre les deux grands partenaires de la coalition FCC – CACH, à savoir le PPRD de Joseph Kabila et l’UDPS de Félix Tshisekedi, les rapports ne sont pas au beau fixe. Les deux se détestent, sans néanmoins déclarer officiellement le divorce. C’est un jeu de cache-cache dissimilant mal leurs hypocrisies.

Alors que les propos de Ramazani Shadary ont mis dans tous ses états l’UDPS, le PPRD n’a visiblement pas baissé les bras. L’installation à Kinshasa de Gentiny Ngobila au poste de président interfédéral du PPRD, suivie de la présentation du nouveau président de la Ligue des jeunes du PPRD, ont encore ravivé les tensions. A ces deux cérémonies, le PPRD n’a pas dérogé à la règle, lançant des piques à son partenaire de la coalition, à savoir l’UDPS. Le PPRD a poussé son discours plus loin, en clamant la victoire de son candidat à la présidentielle de décembre 2018. La mise à l’écart de Ramazani Shadary, a révélé l’un de ses cadres, est le fait d’une « stratégie » du PPRD.

Les masques commencent à tomber

A l’ouverture de sa retraite politique à Kisantu, dans le Kongo Central, Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC, s’est lancé dans une rhétorique qui laisse pantois. Après une évaluation sommaire du processus électoral de 2018, Néhémie Mwilanya a fait savoir que la coalition avec CACH est un choix stratégique.

Autrement dit, le coordonnateur du FCC reconnait que Kabila s’est volontairement effacé au profit de Félix Tshisekedi pour un but précis. Ce qui suppose un deal entre les deux leaders. Pour quelle fin ? On n’en sait rien.

C’est dire qu’au PPRD, on est d’avis que Ramazani Shadary n’a pas perdu la présidentielle de 2018. Une façon subtile de remettre en cause la victoire du chef de l’Etat Félix Tshisekedi, pourtant proclamé vainqueur par la Céni et confirmé en dernier ressort par la Cour constitutionnelle. Qu’en est-il au juste ?

La volte-face du PPRD dans la victoire de Félix Tshisekedi doit faire un heureux. C’est bien entendu Martin Fayulu, arrivé 2ème à la présidentielle, alors qu’au nom de la vérité des urnes, ce dernier continue à clamer sa victoire. Depuis lors, Martin Fayulu a fait de la « vérité des urnes » son combat de tous les jours, sillonnant le monde pour dénoncer le hold-up électoral du 30 décembre 2018.

Sans doute, Martin Fayulu a une surprise agréable. Le PPRD l’a rejoint dans son combat. C’est quand Dunia Kilanga, haut cadre du PPRD, révèle devant les militants que la victoire de Félix Tshisekedi ne relève pas de la volonté de la Céni, mais plutôt de Joseph Kabila.

En même temps, Henri Mova précise dans des termes ne pouvant prêter à aucune confusion que Ramazani n’a pas échoué, mais que c’était juste une stratégie. Question : qu’est-ce qui se trame derrière ce revirement qui fait écho du combat de « la vérité des urnes » que mène Martin Fayulu ?

D’analyse en commentaire, l’on peut supposer que le PPRD n’est pas loin du schéma de sortie de crise que propose Martin Fayulu, c’est-à-dire la mise en place d’un gouvernement de transition qui se chargera d’organiser de nouvelles élections aux fins de rétablir la légalité tronquée, au terme de la présidentielle du 30 décembre 2018.

Ce n’est pas de la fiction. Ce n’est pas non plus de l’hérésie. Pour des observateurs avertis de la scène politique congolaise, ce scenario devient de plus en plus plausible. La « vérité des urnes » a changé de camp. Elle n’est plus le seul apanage de Martin Fayulu. Le PPRD a pris le relais, prêt à éventrer le boa pour dévoiler ce qui s’est réellement passé autour de la présidentielle de décembre 2018.

Pour le moment, le FCC s’est retranché à Kisantu pour un réarmement moral de ses troupes et préparer sa restructuration. A la fin de cette retraite politique, il faudrait s’attendre à des étincelles.

D’ores et déjà, on peut supposer que le PPRD a annoncé les couleurs de ce qui devrait probablement être la nouvelle ligne politique du FCC. Le dégel entre le PPRD et l’UDPS, selon beaucoup d’observateurs, ne serait pas à l’ordre du jour. Comme qui dirait le ver qui ronge la coalition au pouvoir est dans le fruit.

En optant, sans le dire à voix audible, pour la remise en cause des résultats de la présidentielle de décembre 2018, le FCC, par PPRD intercepté, a peut-être lancé un ballon d’essai. Les jours qui viennent seront pleins de rebondissements.

Par conséquent, c’est le schéma d’une transition qui serait en train de prendre forme petit à petit.

A dire vrai, le projet d’un gouvernement de transition germe dans le FCC. On ne le dit pas encore tout haut, mais l’idée fait déjà du chemin. Au PPRD, l’escalade verbale de ces derniers jours est ce chant de cygne qui annonce de grands bouleversements politiques dans un avenir proche.


Le Potentiel /provinces26rdc

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