RDC : maintenir les sanctions contre 14 Congolais toujours pas poursuivis dans leur pays

La Fédération internationale des ligues de défense des droits de l’Homme (FIDH) et trois associations congolaises – l’Asadho, le Groupe Lotus et la Ligue des électeurs – demandent ce vendredi à l’Union européenne de maintenir ses sanctions contre 14 personnalités congolaises, sanctions qui arrivent à échéance le 12 décembre. En effet, non seulement « aucune mesure judiciaire » n’a été prise à leur encontre mais « la majorité des hauts responsables de l’ère Kabila » sous sanctions « sont restés à leur poste ou dans la sphère politique et sécuritaire ».
Ces personnes sont sous sanctions européennes depuis 2016, pour certaines, et 2017 pour les autres, en raison de leur rôle dans des tueries ou pour empêcher la tenue des élections prévues par la Constitution, le tout dans le but de maintenir Joseph Kabila au pouvoir au-delà de ses deux mandats légaux. Mais, indique le communiqué des ONG, ils « continuent à occuper des fonctions clefs dans l’appareil d’Etat politique et sécuritaire congolais, tout en jouissant d’une totale impunité pour les violations graves des droits humains dont ils sont présumés responsables et en raison desquelles l’UE a adopté des mesures restrictives à leur encontre ». A ces positions, « ils demeurent en position d’influencer les orientations et mesures politiques et sécuritaires prises par les nouvelles autorités ».
Une caution à l’impunité et une menace pour l’avenir
Dans ces conditions « la levée précipitée des sanctions risque d’être interprétée comme une caution à l’impunité généralisée et comme un abandon du soutien aux victimes des répressions politiques sanglantes de l’ancien régime. Elles affaiblirait grandement les pressions internationales à l’égard des autorités actuelles, qui visent à ce qu’elles s’engagent à instaurer un Etat de droit enfin respectueux des valeurs démocratiques », explique le communiqué.
Si les ONG notent avec satisfaction « des signes encourageants » comme « la libération de plusieurs prisonniers politiques », elles regrettent que « de nombreuses violations des droits humains et des atteintes à l’espace démocratique, notamment l’usage disproportionné de la force, ont continué à être commises tout au long de l’année 2019 », et cela « sous le commandement ou l’autorité » de certains des 14 sanctionnés. « Tant qu’ils n’auront pas été écartés (…) il est à craindre que des violences surgissent, notamment lors des élections locales » prochaines.
Qui sont les 14 sanctionnés?
Mais qui sont-ils?  Il s’agit de:
– Général Hugues Ilunga Kampete, commandant de la Garde républicaine (garde prétorienne de Kabila) qui a réprimé les manifestants contre le maintien au pouvoir de Kabila en septembre 2016 à Kinshasa; visé aussi par des sanctions de la Suisse; 55 ans;
– Général Gabriel Amisi Kumba, dit « Tango Fort », ex-commandant de la zone de Kinshasa lors de la répression de septembre 2016; déjà cité en 2010 par les experts de l’Onu comme un des principaux officiers impliqués dans les réseaux criminels au sein de l’armée qui pillent les ressources naturelles au Kivu; visé aussi par des sanctions des Etats-Unis; nommé chef d’état-major adjoint en juillet 2018, ce qui en fait le « numéro 2 » de l’armée; 55 ans;
– Commissaire Fernand Ilunga Luyoyo, commandant de l’unité anti-émeute de la police, impliqué dans la répression disproportionnée de septembre 2016 à Kinshasa; depuis 2017, commande l’unité chargée de la protection des institutions et hautes personnalités; fait aussi l’objet de sanctions de la Suisse; 46 ans;
– Inspecteur divisionnaire Célestin Kanyama, dit « Esprit de mort », impliqué dans la répression disproportionnée de septembre 2016; s’était déjà illustré dans l’ »Opération Likofi » contre le banditisme en 2013, qui avait donné lieu à 51 liquidations sommaires selon Human Rights Watch; fait également l’objet de sanctions des Etats-Unis; nommé en 2017 à la tête de la Direction générale des Ecoles et Formations; 59 ans;
– Général John Numbi Banza Tambo, ex-inspecteur général de la police, considéré par la société civile comme responsable de l’assassinat du défenseur des droits de l’Homme Floribert Chebeya en 2010, il est impliqué dans la campagne d’intimidation violente lors des élections des gouverneurs en 2016; fait aussi l’objet de sanctions des Etats-Unis; depuis juillet 2018, il est inspecteur général de l’armée congolaise; 57 ans;
– Roger Kibelisa, chef de la Sécurité intérieure à l’ANR (Agence nationale de renseignement), a participé aux campagnes d’intimidation des opposants et ainsi « fait obstacle à une sortie de crise consensuelle et pacifique » selon l’UE; 60 ans;
– Général Delphin Kahimbi, ex-chef du renseignement militaire, il a participé à la répression disproportionnée des manifestations de septembre 2016; en juillet 2018, il est nommé sous-chef d’Etat-major général de l’armée, chargé du renseignement; 50 ans;
– Evariste Boshab, ministre de l’Intérieur entre 2014 et 2016, il est responsable d’arrestations arbitraires d’opposants et de la répression de septembre et décembre 2016; fait aussi l’objet de sanctions des Etats-Unis; 63 ans;
–  Alex Kande Mupompa, comme gouverneur du Kasaï central, a été responsable de répression violente et exécutions extra-judiciaires lors de la crise Kamwina Nsapu au Kasaï en 2016-2017; fait aussi l’objet de sanctions de la Suisse; 69 ans;
– Jean-Claude Kazembe Musonda, ex-gouverneur du Haut-Katanga, responsable d’une violente répression de protestations à Lubumbashi en décembre 2016; 56 ans;
– Lambert Mende, ministre des Médias depuis 2008, est responsable d’une politique répressive vis-à-vis de ceux-ci et d’avoir violé l’Accord de la St-Sylvestre 2016 promettant la fin des blocages de médias, faisant ainsi obstacle à une solution consensuelle et pacifique; fait aussi l’objet de sanctions de la Suisse; 66 ans;
– Général Eric Ruhorimbere, ancien fidèle du mutin Bosco Ntaganda – qui vient d’être condamné à 30 ans de prison par la Cour pénale internationale – a supervisé les meurtrières opérations militaires au Kasaï lors de l’insurrection Kamwina Nsapu, en tant que commandant adjoint de cette région militaire de 2014 à 2018; fait aussi l’objet de sanctions de la Suisse; en juillet 2018, il a été nommé commandant du secteur opérationnel du Nord-Ubangi (ex-Equateur); 50 ans;
– Emmanuel Ramazani Shadary, ministre de l’Intérieur jusqu’en 2018, est responsable d’arrestations d’activistes et opposants, de l’usage disproportionné de la force contre les membres du parti-secte Bundu dia Kongo au Kongo Central, de la répression à Kinshasa en janvier et février 2017 et de la répression au Kasaï; ex-candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, il est aujourd’hui secrétaire permanent du PPRD, le parti de Joseph Kabila; 59 ans;
– Kalev Mutond, administrateur général de l’ANR (renseignement) , est impliqué dans de nombreuses arrestations arbitraires d’activistes et opposants et les mauvais traitements qui leur ont été infligés; fait aussi l’objet de sanctions des Etats-Unis et de la Suisse;  62 ans.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*